Vers un potager libre?

Nous avons déjà effectué plusieurs tentatives d’amélioration de nos pratiques (un peu comme les 5 rockets stoves construits avant de tenir le bon) mais il semble que cette fois-ci, nous soyons sur une bonne piste. Pour dire vrai, nous nous sommes égarés à l’écoute d’un discours parfois radical et sectaire qui a eu pour effet de nous faire croire que cultiver son jardin est désormais réservé à des spécialistes ou des chercheurs … et que ce que nous faisions jusqu’à présent n’était pas respectueux de l’environnement. Encore quelques heures et nous avons cru devoir tuer la grand-mère parce qu’elle avait planté une bêche dans le sol pour nourrir ses 7 enfants.

Dans les faits, ce discours a semé le doute et retardé la mise en place de ce potager. Heureusement, certaines lectures ont permis un ré-ancrage à la terre, de mieux comprendre les principes de la permaculture et de l’agroécologie. L’idée de cet article est de vous encourager à mettre en place votre potager, d’écouter vos idées et de suivre vos instincts. Le risque à prendre, c’est d’avoir une activité saine, de ne pratiquement rien dépenser, de manger de bons légumes sans avoir à prendre un véhicule pour se rendre dans un supermarché bio qui surfe la vague du GreenWashing et est de plus en plus réservé à des personnes aisées et en bonne santé.

Au delà de la production locale de légumes de qualité, nous constatons que ce potager améliore les relations et la qualité de vie au travers des échanges qu’il suscite : “j’ai trop de salades”, “tu goûteras mes confitures”, “le fumier de cheval, prends tout ce qu’il te faut”, “je peux passer voir ton jardin”, ” comment tu reproduis tes graines ?”, “Puis je semer des noyaux ? “, Comment reproduire des fruitiers ?”.

En juin 2016, à l’issue d’un fort épisode pluvieux, le jardin ressemblait à un étang qui laissait place à une longue période de sécheresse estivale.

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Cet événement a permis une prise de conscience à commencer par l’érosion des sols résultant principalement des pratiques mono-culturales intensives.

Bien que seulement 250 m2 soient cultivés, nous nous sommes interrogés : pourrions nous faire mieux avec moins ?

A l’issue d’une période de germination, nous avons décidé d’expérimenter de nouvelles méthodes au jardin potager.

Small is beautiful

Le potager a été découpé en petites parcelles (au nombre de 48) de quelques mètres carrés séparées par des allées d’environ 0.30m de largeur. Les parcelles mesurent entre 0.80 et 1.00m de largeur et seulement entre 3 et 4m de longueur.

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Cette géométrie rend le travail plus humain, il autorise des essais et des semis plus fréquents. Il est possible de se déplacer dans tout le jardin sans jamais marcher sur une parcelle cultivée.

Orientées perpendiculairement à la pente

Les parcelles ont été placées perpendiculairement à la pente. Cette disposition permet de ralentir l’écoulement de l’eau de pluie et améliore la disponibilité de l’eau pour chaque parcelle. Deux baissières ont été introduites, il s’agit de tranchés conçues pour ralentir l’eau et la rendre plus disponible aux parcelles cultivées, aux arbustes et fruitiers.

La fin du retournement

Nous avons choisi de ne plus retourner le sol mais de l’aérer fréquemment avec une grelinette. Certains y verront un recul. Pour nous, c’est une formidable avancée que de ne plus avoir à retourner des m3 de terre et produire plus de légumes (en raison du développement de la vie du sol, des vers, des bactéries, de l’humus …).

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Le fait qu’il soit régulièrement aéré facilite l’infiltration de l’eau, améliore la disponibilité de l’eau pour les plantes et lutte contre les périodes de sécheresse. Compte tenu de la nature du terrain : très argileux et donc froid en sortie d’hiver, nous avons pensé que l’aération faciliterait le réchauffement du terrain au printemps et que le non-retournement préserverait la pédofaune et la vie du sol en général.

Des apports en matière organique et ligneux à l’automne

Nous avons bénéficié d’un apport local important en fumier de cheval bien décomposé qui a permis aux vers de gagner la surface et d’effectuer un “labour” à notre place.

Les végétaux produits sur place (des résidus de taille par exemple) ont été broyés et déposés au-dessus du fumier bien décomposé. Il n’y a pas eu d’enfouissement du fumier. Les vers sont chargés d’enfouir la matière organique. La matière organique présente dans le sol a pour effet d’augmenter la capacité de stockage de l’eau et de réduire les effets de la sécheresse

Le compostage en tas de nos déchets organiques a laissé place au compostage en surface. Cette pratique limite les pertes d’azote.

Afin de corriger l’acidification naturelle du sol, des apports légers en cendre de bois, issue du poêle de masse, ont été pratiqués. Les légumes qui aiment bien une légère acidité (les pommes de terres par exemple) ont été épargnés.

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Arbres, arbustes et fruitiers

Dans le potager, nous avons introduit environ 60 arbres, arbustes et fruitiers dont nous souhaitons qui produisent à terme de l’ombre, limitent l’érosion éolienne et hydrique, produisent de la matière organique, abritent les oiseaux qui réguleront les populations d’insectes, érodent la roche mère afin de rendre disponibles des minéraux … Nous avons également semé des noyaux, cloné des arbustes ou encore récupéré des arbres et arbustes en forêt. Bref, nous n’avons pas cassé la tirelire.

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La haie située au nord a été densifiée afin de le protéger des vents froids et créer un micro-climat. Nous avons installé des arbustes à feuilles persistantes et productrices d’azote (par exemple des éléagnus).

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En fin d’année, la mamie du bas de l’allée nous a indiqué que des voisins étaient inquiets de la tournure que le potager prenait. Nous avons pris cela comme un signe d’encouragement.

Culture d’engrais verts

Au printemps, le sol avait retrouvé une souplesse extraordinaire résultant de la combinaison du travail des vers et des apports en matière organique. Le sol était moins collant, ce qui fait que très tôt (en février 2017), nous avons mis en place nos premiers oignons, les échalotes et l’ail.

Les parcelles non cultivées ont été ensemencées avec des engrais verts, principalement de la moutarde qui pousse bien en cette période, couvre, travaille le sol et agit comme extracteur de phosphore. La moutarde a été coupée et broyée sur place. Les racines sont restées dans le sol. Elles se décomposent dans le sol tout en maintenant des canaux dont nous avons pensé qu’elles faciliteraient l’infiltration de l’eau ou l’introduction d’oxygène pour le développement de la vie du sol. Contrairement à ce que laisse penser la photo suivante, la moutarde a été broyée juste avant la floraison. Les tiges sont alors ligneuses ce qui convient bien à la nature du terrain argileux. La moutarde a été broyée à la main. Cela se fait vite et bien avec un bon couteau. Elle n’a pas été introduite dans le sol sauf à l’occasion du passage de la grelinette.

La mamie du bas de l’allée se rend régulièrement dans le jardin pour rythmer ses journées, prendre un bouquet de persil ou une salade. Elle nous a fait part de sa nouvelle inquiétude : “Mais pourquoi toute cette moutarde ?”.

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Dès que possible, le sol a été couvert avec des végétaux, du gazon, de la paille, des déchets organiques, des herbes envahissantes… Cela permet aux vers de gagner la surface plus facilement (parce qu’ils sont photophobes, aiment ni le trop froid, ni le trop chaud), le sol est nourri de la décomposition, l’évaporation est limitée, le développement des plantes adventices est limité.

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Avant les semis ou transplantations, le sol est travaillé en profondeur avec la grelinette et sans retournement. Un peu d’herbe sèche est déposée sur les semis afin de limiter l’impact des gouttes d’eau ou générer un peu d’ombre. Lorsque les plantes sont sorties, alors le sol est rapidement couvert.

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MEETIC

Nous avons attrapé un tableau synthétique des plantes amies et favorisé les rapprochements entre les rangs ou même sur le rang.

Les oignons et carottes se protègent mutuellement.

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Les pommes de terre profitent de l’azote captée par les haricots et les haricots profitent de l’ombrage des pommes de terre. DSC_0506.resized.JPG

Choux et salades sont bien rapprochés pour limiter les arrosages et lutter contre les attaques d’altises sur les choux.

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Les fraisiers et épinards se cotoyent.

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Les oignons et betteraves.

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Des haricots ont été semés entre les choux et sur le rang.

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Lâche ta binette et la diversité s’installe au potager.

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